Le hasard de la vie.
Part 11 : Mon combat, ma vie.
Je suis né un 1 janvier 1975 dans un petit pays. Dans le sud de l'Asie, le Laos. D'ailleurs je ne connais pas grand chose de celui-ci. Durant cette période, c'était la guerre. On parle souvent de la guerre secrète du Laos, puisqu'elle n'est pas archivée dans nos annales Français. Et pourtant, la France et les Etats-Unis ont activement participé à celle-ci. Mes parents, de simple paysan, fuyaient le nouveau régime. Les royalistes venaient de perdre leur combat, renversé par le communisme.
J'avais 3 ans quand j'ai quitté, le sol voisin. Nous étions entassés dans un des nombreux camps de la Thaïlande. Arrivé en novembre 1978, sur une terre qui nous était totalement inconnue. La première chose qui me frappa, c'était se froid envahissant. Il faisait froid dans ce pays, me disais-je. Je n'avais jamais rien connu de tel. Dans mon pays, on ne connaissait que les doux rayons du soleil, sauf bien sur à l'époque de la mousson. Le reste nous restait inconnu. J'ai passé mon premier hiver à dormir dans une maison, enfin plutôt une espèce de cabanon, tenu par des murs à peine plus épais que mes mains. Nous étions dans une petite famille d'accueil française, pour qui mon père travaillait. Bien qu'en partie montagnard au pays, mon père avait du mal à supporter le froid et l'air qui le suffoquait, ici dans les alpes. Là-bas, même en même montagne, il ne faisait pas froid, au contraire la chaleur y était plus forte.
3 ans plus tard, on avait déménagé et j'avais intégré la CP. Mon pays d'adoption était devenu la France. On vivait dans un HLM de 36m². Mon père travaillait à mi-temps, à l'usine du coin, tandis que ma mère s'occupait de nous, moi et mes deux soeurs. Cet hiver là, il y'avait 80cm de neige. Rien que pour sortir de chez moi, c'était vraiment le parcours du combattant. Dès que nous franchissions la porte de l'immeuble, pour l'extérieur, le froid nous glaçait le corps. Mes jambes tremblaient. Mes pieds étaient gelés. Je pouvais à peine bouger mes mains. Marcher dans et sous cette neige m'effrayait. J'avais peur de ne pas pouvoir y arriver. 80cm de neige, ce n'était pas rien pour un petit bonhomme de ma taille. D'ailleurs, j'y allais seul et à pied. Mon école était à proximité. Tandis que ma mère accompagnait mes deux soeurs à la maternelle. J'avais un pull léger, rouge vif, avec des rayures oranges et des bottes premier prix aux pieds, que je portais quasiment 3 fois par semaine. Difficile de s'en sortir avec un petit salaire. Le SMIC, enfin le demi-SMIC, de mon père, nous permettait tout juste de nous habiller, de manger et de quoi payer mes fournitures scolaires.
10 ans plus tard, j'avais 16 ans, on vivait cette fois dans un 70m², mais à 9. J'étais au collège, je ne souhaitais qu'une chose, arrêter l'école. Cela m'ennuyait au plus haut point. Puis, difficile d'étudier dans des conditions optimale, quand tu as le dernier qui n'arrête pas de pleurer. Les deux autres en train de se battre. La petite soeur qui regarde sa série préférée. L'autre qui écoute en boucle sa musique sur un baladeur Sony, emprunté à son copain. C'était vraiment difficile. Puis, je n'avais qu'une envie, c'était de sortir jouer avec les copains. Choses que m'interdisait ma mère. La famille passait avant tout. Je devais aider ma mère à faire la cuisine, à mettre la table, à faire le ménage et aider mes frères et soeurs dans leurs leçons. La seul fois où j'avais un moment à moi, c'était quand j'étais dans mon lit. Je pouvais enfin respirer, commencer à rêver, puis m'endormir d'épuisement, avant de continuer ainsi de suite mon quotidien.
1 an est passé, j'ai eu mon brevet des collèges avec beaucoup de difficulté. Quelques mois après, mon père décéda d'une leucémie. Ca a été un coup dur, mon morale était au plus bas. Pourtant le docteur, au premier symptôme, nous avait assurés que ce n'était pas grand chose. Mais il est parti sans pouvoir voir l'avenir de ces enfants. Depuis, je nourris une certaine haine pour les médecins.
2 ans après mon BEP, je voulais travailler, pour pouvoir être indépendant. Ne pas être un fardeau pour ma famille. Ma tante m'en a dissuadé et m'encouragea à continuer vers un bac pro. Finalement, j'opte pour un BAC STI. Encore une fois, j'obtiens mon diplôme de justesse. Je décide de continuer vers l'IUT, mais mon dossier est refoulé. Je postule pour un BTS où je suis placé 20ème de la liste d'attente. 2 mois après la rentrée, on m'appel pour me prévenir de la disponibilité d'une place. C'est une catastrophe. Je m'ennuie et je n'arrive pas à suivre les cours. Je me demandais à quoi pouvait bien me servir toutes ces matières. Surtout dans la vie réelle, la vie de tous les jours. A mes yeux, le système scolaire français était inadapté, mal conçut.
Après 3 ans, j'obtiens mon BTS sans vraiment me fouler. J'ai tout juste 22 ans, les yeux qui brillent encore, plein d'espoir de pouvoir enfin me débrouiller seul. Mais très vite, je déchante. Dans ma ville, d'une taille moyenne de 60 000 habitants, il n'y avait pas de travail. D'autant plus que je ne savais pas du tout comment m'y prendre. Et personne dans mon entourage pour me conseiller. Ma tante s'était mariée et déménagea vers l'Ouest de la France.
Je suis resté à galérer 2 ans comme ca. Je perdis confiance en la vie. Pas d'argent, pas d'aide financière de l'état, totalement perdu et sans repère. Tout du moins jusqu'à que je rencontre Richard. On s'était croisé à un festival de la BD. Très vite, on a sympathisé. Lui était ambitieux, confiant, ingénieur en aéronautique, passionné et un peu plus âgé que moi. Bref, tout le contraire de moi. D'ailleurs, c'est lui qui me prêtait ces comics de Tarzan, Thor, Phantom ou encore de Super Nova. Quand il me parlait de la vie, de ces envies, c'était vraiment intéressant. Il avait un point de vue totalement opposé au mien. J'avais envie de lui ressembler, d'avoir une vision plus large, je l'enviais, c'était devenu mon modèle. Puis un jour, il a été muté sur Paris. Depuis, je n'ai plus eu de nouvel de sa part.
2 ans après, à mon tour aussi, je travaillais à l'usine. Comme le fût mon père en son temps. Mais au bout de quelques mois, j'en avais marre et j'ai démissionné. Une fois inscrit à l'ANPE, j'ai demandé une formation avec l'AFPA. Mon conseillé me refusa net, le financement de ce projet. Trop cher à ces yeux. A l'époque, c'était la pleine fusion de l'ASSEDIC et de l'ANPE. Tout ca pour dire que c'était un vrai gros merdier. La fusion de deux entreprise, c'était toujours très délicat, un vrai dilemme. Tant humain que sociaux-professionnel. L'objectif du directeur de L'ANPE, c'était de faire des économies et donc ça passait aussi par la réduction du droit à la formation. Du coup, ca m'a sucré les moyens pour atteindre l'objectif que j'avais en tête. Bien plus tard, la France allait entrer dans l'ère de la crise économique et peut être bien plus. Notre pays était endetté, beaucoup plus que ne pouvait l'imaginer la plus parts des Français.
Finalement, avec le peu d'économie en main, je suis monté à la capitale. Là, j'ai été confronté à la dure réalité. Certes, il y'avait, semble-t-il, de très nombreux postes de libre, voir des milliers. Mais à quel prix? Pour une offre d'emploi, il y'avait 100 candidats, dont les 3/4 était écrémé par des critères qui m'étais totalement inconnu. Mon CV n'arrivait bien souvent pas à franchir cette étape. J'ai galéré sur 6 mois, écoulant le peu d'argent qui me restait. Puis, coup du destin, j'ai obtenu une formation en alternance. Trouvé un foyer jeune, juste de quoi m'héberger sur l'année.
10 mois après, je me retrouvais, à nouveau, à rien faire. Inscrit à Pôle Emploi, sans toucher un moindre centime. Je n'avais pas encore droit au RMI. Pas assez de mois cumulés pour y avoir droit, pas prioritaire sur d'autres dossiers,… Bref, la misère totale, au point où ça commence à me stresser, moi qui ne le suit pas de nature.
6 mois après, en sortant du jardin des plantes, surprise. Richard était là avec sa femme et ses 2 enfants. Nous discutâmes du bon vieux temps, même s'il ne fût pas si vieux. Il était 17h30, l'heure pour eux de rentrer. Il me laissa son numéro, pour que je l'appel, histoire de se prendre un café. Mais, je n'ai pas eu le courage de le faire. J'avais à peine de quoi m'en payer un. Quant à lui, il avait déjà une petite famille, acheté un appartement et un job bien payé. Je ne pouvais pas me présenter à lui. Pas comme cette fois là, pas dans une tel situation. Ca m'a donné la rage, non pas celle qui fait du mal, mais plutôt celle qui te redonne envie de te battre à nouveau. De te relever et d'y faire face, quitte à tout y perdre. C'est comme cela que j'ai décroché un premier entretien, que j'ai signé un CDI. Mais mon salaire de misère, mes 1200€, me permettait tout juste de vivre correctement. Je pouvais à peine payer ma chambre de bonne à 450€, mes courses à 180€ et mon titre de transport à 52€. Sans oublier mes différentes dépenses du quotidien. A la fin du mois, il me restait à peine 50€, pour mes dépenses en loisir, même pas de quoi économiser. Là, je me demandais, comment mes parents ont réussi à nous élever avec si peu d'argent. Car, je n'arrivais pas moi même à subvenir à mes propres besoins. Mon compte était constamment dans le rouge. Je passais mon temps à payer mes agios.
2 ans après, avec mon expérience, j'ai réussi à décrocher un nouveau poste, un peu plus intéressant et donc mieux payé. Avec 1600€, je pouvais me permettre de faire de temps à autres des restaurants ou sortir au cinéma. Ma vie en devenait un peu plus confortable. J'avais emménagé dans un 20m², à proximité du G20, près de Gare de Lyon. Quartier plutôt sympathique. En rangeant mes vieux papiers qui trainaient dans les cartons. J'ai retrouvé un bout de papier, avec un numéro, celui de Richard. Me sentant plus à l'aise, moins miséreux, j'ai essayé de le contacter. Mais, malheureusement se numéro n'était plus attribué.
A peine 1 an après, je quitte mon poste pour cause de restructuration des employés. Tout ca pour dire que j'étais mis à la porte, de façon poli et sans être remercié. J'avais pensé à aller au prud'homme. Mais pour quoi faire, je n'avais rien à y gagner. Même pas 12 mois, dont 6 mois en CDD, c'était trop court pour espérer récolter le moindre gain. Surtout quand les démarches administratives, ne sont pas des plus aisées et très longues en procédures. Bienvenue dans un système ancestral! Limite, on utilise encore une plume G pour remplir un dossier à l'ère de l'internet. C'est honteux, scandaleux!
3 mois après, on m'appel pour un poste avec une expertise particulière. Je passe les 3 entretiens avec succès et je commence à savourer ma nouvelle vie. Mon salaire aussi, qui passe à 1900€ Net avec un statut ETAM. Je décide de déménager dans le sud de paris, plus en banlieue, pour un 27m². Je me dis qu'après ces années, je ne m'en sors pas si mal. Un salaire correct, une vie plutôt tranquille et qui commence à entrer dans mes cordes. Une vie que je n'avais même pas espéré, il y'a quelques années, tellement c'était proche du rêve.
3 mois après, j'ai commencé à acheter tout et n'importe quoi au lieu de faire des économies. Tout ce que je n'ai pas pu m'offrir auparavant, durant mon enfance à ma vie étudiante, c'est là que je me suis fait plaisir. J'ai commencé à cumuler les consoles de jeux vidéo auxquels je n'y jouais presque jamais. Et puis, quand j'ai vu "Infernal Affairs", un film que m'avait prêté un pote. J'ai eu envie d'un ampli à lampe. Et, j'ai crédité ma banque pour avoir ce petit ampli à 890€. Mais quel son! Magnifiques!
4 ans après, une fois que j'ai eu tout ce que je voulais. J'ai décidé de mettre de l'argent de côté. J'avais envie d'un projet futur, d'un appartement à moi et d'une famille. Je n'avais toujours pas changé de job, et pourtant, j'en avais envie. Mais difficile de trouver un autre poste. Un bac+2 avec de l'expérience, il y'en avait partout. On préférait parfois un profil ingénieur débutant au mien, plus malléable comme dit mon collègue. Mon salaire n'avait guère beaucoup évolué. J'étais passé à 1980€ net et les impôts me faisait toujours aussi mal. Mais après tout, c'est normal, j'ai un salaire correct et je vivais seul. J'étais loin d'être pauvre. Je n'étais pas riche non plus, mais j'étais dans la moyenne parisienne à mon niveau d'étude et d'expérience.
2 mois après, j'ai décidé de me débarasser de tout ce qui m'encombre. Je jette mes habits vieux de 10 ans, le reste passait au service de relais Emmaüs. J'avais cette manie de collectionner les objets. Peut être, est-ce le fait d'avoir été pauvre qui fait ca. Ma réussite, ca a été un très long combat. Un combat bien difficile et désespéré. Tout cela, je le dois à mon acharnement, mais aussi aux différentes rencontres que j'ai faits. Surtout à celle qui m'a inspiré, qui m'a permis d'évoluer, d'avoir un autre regard, une autre vision, une autre perception, une autre pensé et peut être de l'ambition, de la confiance, … Je me dis aussi qu'il y'a eu un facteur chance. Rien que d'y penser, j'en verse une larme.
Puis, je meurs bêtement écrasé par une voiture, près du métro Saint augustin. Tout ca parce que j'ai traversé une rue sans faire attention à la bifurcation de celle-ci.
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Infernal Affairs: film de Alan Mak, Wai Keung Lau. Avec Tony Leung et Andy Lau.


